Pourquoi un blog ?
Après moult hésitations, je reprends donc ici un blog, agrégation de considérations diverses et variées sur mes activités éditoriales au sens large, un lieu conçu d’abord comme un index, un espace de mémoire en mouvement, la partie visible d’un iceberg constitué de notes éparses prises au jour le jour, dans des carnets, certes, mais aussi une belle collection de post-it, bouts de nappes en papiers, dos de factures, marges et pages de garde de livres, bref, tout support offrant quelques centimètres carrés de nature à accueillir quelques mots griffonnés dans l’immédiateté, un travail de recherche, au travers de mes lectures, de mes rencontres aussi, pour finalement répondre à la question : pourquoi écrit-on, pourquoi j’écris et peut-être aussi me conforter dans ce choix. Une base, et des éléments susceptibles de servir pour des chroniques ou autres ouvrages à venir, l’écrivain, en général, n’étant qu’une vaste entreprise de recyclage. De ce que charrient les poubelles du réel, les déchets du vécu, les scories du quotidien. Mais recyclage aussi de ses propres écrits, tant il est démontré qu’il rédige sans cesse le même livre… Car après tout, comment pourrais-je parler différemment d’un même sujet ou d’une même idée, d’un support à un autre ?
Prenant pour prétexte la mise au propre de quatre années d’écriture, de notes, de chroniques, de brouillons, etc., je rouvre donc un blog, non pas par exhibitionnisme ou ambition quelconque à diffuser un prétendu savoir au plus grand nombre, mais un espace conçu comme un lieu de convergence, un cadre, des rails, tout en mettant en partage des éléments de réflexion ou autres considérations sur l’écrit et l’acte d’écrire…
Longue hésitation faite d’allers-retours, de renoncements et de recommencements, de tâtonnements et de rejets.
D’abord parce que je suis issu de la génération de l’écrit, du papier et de la chose imprimée, la sensualité de la plume qui glisse sur la feuille blanche qui se noircit progressivement, comme par magie. Adepte aussi de l’oeuvre du temps et du verdict du regard d’autrui. Ce recul nécessaire avant mise en commun, mais également du filtre indispensable qu’est le rédacteur en chef ou l’éditeur, étape intermédiaire qui évite que ne soit publié n’importe quoi par n’importe qui, même si tout un chacun à le droit de s’exprimer. Mais force est de constater qu’Internet est devenu un copieux dépotoir, un immense défouloir, les chiottes du mal-être, où se côtoient le pire et le meilleur : une vaste fumisterie qui donne à croire, à chacun et à tout le monde, dès lors qu’il ordonne quelques mots, aligne des phrases, organise des paragraphes, l’illusion qu’il est écrivain.
Hésitation ensuite quant à mon statut. Qui suis-je pour dire ce que je pense des livres ou du travail des autres ? Ni critique littéraire, je n’ai pas la prétention d’être Thibaudet ou Gracq - la critique littéraire n’est autre aujourd’hui, à quelques rares exceptions, que du journalisme appliqué aux livres -, ni écrivain connu ou reconnu - je trace ma route, j’avance lentement, je cherche, je me construis texte après texte, et c’est déjà énorme -, je ne suis qu’un lecteur assidu et appliqué, en quête de plaisirs qui ne se prêtent à aucune substitution. Subjectif donc ; forcement subjectif.
Hésitation enfin quant au temps que l’exercice requiert. Le va-et-vient permanent, parfois usant, entre une écriture personnelle et une production “professionnelle”, “alimentaire” laisse souvent peu de disponibilité de temps, et d’esprit, pour tenir sérieusement un blog qui suppose régularité, contraintes, rigueur, constance, suivi d’une pensée logique… S’en soustraire quelques jours par obligation, par impossibilité de faire autrement et aussitôt la frustration et la culpabilité viennent occuper le même espace disponible du cerveau. Et le serpent se mord la queue.
Nonobstant toutes les raisons objectives et raisonnées de ne pas revenir sur la toile en temps quasi réel, je relance un blog…

