Le souffre-plaisir

Revue de presse

Ce roman m’a fait vivre une curieuse aventure. Je le lis très peu de temps après l’avoir reçu, il retient toute mon attention m’interpelle comme on dit aujourd’hui, bref, il me plait infiniment. Quinze jours plus tard, je m’apprête à écrire cette chronique, mais tout a disparu de ma mémoire, l’intrigue, les noms, la construction, tout. Je ne comprends pas cet effacement – je ne me l’explique toujours pas –, je reprends donc le livre et je le relis en entier, j’éprouve la même sensation de satisfaction sur les événements relatés, la manière d’écrire, la recherche intellectuelle, je dirai même spirituelle, je suis heureux de le relire, et très rapidement l’histoire me revient en son ensemble. Je puis vous l’assurer j’aime ce roman, la manière de raconter de Joseph Vebret, où la sensualité est à fleur de ligne, le charnel à peine effleuré, l’amour presque jamais évoqué, mais que l’on devine sous la souffrance morale. Nous vivons intensément l’aventure de cet homme dont la douleur, les tourments régissent la vie. Nous en connaîtrons les raisons. Cet ouvrage pourrait être une psychanalyse appliquée à un être faible par son passé, dont il n’est nullement responsable, et fort par ses décisions d’éloignement. La typographie aide à suivre les méandres de sa pensée et l’évolution de ses attachements sentimentaux. En définitive et quoiqu’il s’en défende, c’est un roman d’amour… contrarié.
La Une N°24 - Décembre 1998

Son père ayant été de ces vichystes qui sont allés « au-delà des exigences de l’occupant », le narrateur a écrit un roman intitulé La trahison. Il s’interroge. Le fils doit-il juger le père ? Ce qui le trouble ce n’est pas que son père collabora mais qu’il le fit pour des raisons « névrotiques ». La vérité, le narrateur l’aurait « peut-être admise » si on la lui avait dite, lui permettant comme « la plupart des fils et filles de collabos (de vivre) dans l’admiration du père ». Sur fond de conflit des générations, ce premier roman est un roman à thèse sur l’héritage de la culpabilité. Les qualités littéraires et une histoire d’amour qui déclenche la catharsis n’ôtent rien à une espèce de malaise qui tient, au nom du respect des convictions, à un penchant discutable pour la compréhension, voire l’absolution. P. R. L.
Le Monde - 20 novembre 1998